QUI SUIS-JE ?

 

J'ai vécu de nombreuses années à Paris en tant que monteuse vidéo et intermittente du spectacle. J'avoue très humblement que je ne m'intéressais pas vraiment au fonctionnement du monde. Je voyageais en avion sans penser à mon empreinte carbone, achetais mes fruits et légumes en supermarché sans réellement me soucier des saisons, commandais sur le net... bref, j'étais une Parisienne comme beaucoup d'autres. Puis un jour j'ai décidé qu'il était temps de laisser cette vie qui nous épuise et nous empêche de réfléchir. 

 

Nous nous sommes installé, avec ma famille, dans le sud de la France, en nous disant : la campagne, c'est plus reposant que la ville, moins stressant. Mais en fait, on se rend très vite compte que la campagne n'est pas du tout l'image idyllique que l'on imagine. 

 

D'un côté nous avons des promoteurs qui ont horreur du vert, n'aiment que le béton et chaque zone naturelle doit, à leurs yeux, disparaitre ; de l'autre, nous avons des élus intéressés à faire entrer de l'argent dans les "caisses" de leur ville, de leur département ou de leur région. Pour ces élus, la seule possibilité, est de laisser s'installer un projet, quel qu'il soit, pourvu que cela rapporte, à terme, de l’argent et éventuellement crée de l’emploi ( 114 000 - C'est le nombre total d'emplois détruits depuis l'essor du e-commerce non alimentaire observé au cours de ces dix dernières années, nous apprend une nouvelle étude dévoilée ce vendredi 4 décembre 2020 par les économistes Florence Mouradian et Ano Kuhanathan). 

 

 

 

Et c'est comme ça que du jour au lendemain, nous nous retrouvons avec une autoroute, un centre commercial, un aéroport au pied de notre ville ou de notre village. 

À cela s'ajoute la crise sanitaire que nous vivons actuellement ; tout cela m’amène à questionner à nouveau ma vision du monde.

 

J'ai commencé à lire, à écouter scientifiques, philosophes, journalistes, historiens... qui réfléchissent au monde d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Ils font des liens entre agriculture intensive, déforestation, traitement des déchets et la destruction du vivant… En parallèle j'ai rencontré de simples citoyens qui se battent localement pour préserver leur environnement et je me suis dit que tout cela converge vers une seule idée : quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ?

 

Je crée cette plateforme parce que j'aurais aimé trouver sur Internet un tel espace de partage, de questionnement. En général lorsque les médias parlent des militants qui se battent contre un projet, les militants sont systématiquement stigmatisés, les militants n’ont jamais la parole, ou sinon la parole des militants est déformée et sortie de son contexte. L'exemple le plus flagrant étant celui des zadistes.

 

Mon premier objectif dans cette aventure, c'est bien sûr de rencontrer et d'interviewer des gens. J’irai ainsi à la rencontre de citoyens, qui un jour, face à une aberration, décident de dire stop ! C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi la forme de mini-portraits, sans commentaire, ni voix off, telle une série documentaire. 

 

Mon deuxième objectif est de me tourner vers d'autres horizons, en semant d'autres graines. Ceci afin de tisser un lien entre la parole des militants de «terrain» et le travail de chercheurs, d’intellectuels, de journalistes, d'historiens, de sociologues, de préhistoriens, de féministes, d'écoféministes... Tous ont en commun de questionner notre Histoire, de la voir sous un jour nouveau.

Cette mise en miroir permettra au spectateur de s’ouvrir à de nouveaux points de vue, de nouvelles perspectives, d’autres chemins... tant je suis convaincue que le désastre environnemental est intrinsèquement lié à l’organisation politique de nos sociétés et que nous devons rapidement changer de paradigme. 
Isabelle Haelvoët

"Nous sommes le vivant qui se défend"